PROGRAMME SOFT PARENTRéflexions

A L’ORIGINE DU PROGRAMME SOFT PARENT

Vous êtes un Soft parent ! C’est le titre du livre que je viens de publier aux éditions Marabout. Lorsque mon éditeur m‘a proposé la publication d‘un nouvel ouvrage sur la parentalité, dans un premier temps j’avoue avoir pensé à refuser: ce sujet fait couler beaucoup d’encre et l’idée que l’on puisse expliquer aux parents ce qu’il est bon de faire ou non me dérange profondément. C’est potentiellement culpabilisant, or s’il y a bien une chose dont les parents n’ont pas besoin, c’est de porter le poids d’une quelconque culpabilité. 

Certes l’éducation est un sujet sociétal, mais c’est aussi un sujet très personnel et intime qui repose sur les valeurs et le mode de vie de chacun. 

Pourtant, si le rayon Éducation des libraires s’est considérablement étoffé ces dernières années, c’est certainement que la manière d’appréhender l’enfant dans notre société ne convient plus aux parents d’aujourd’hui (ni aux enfants d’hier et d’aujourd’hui). Le rejet des méthodes éducatives dites « traditionnelles » se confirme et les nouveaux parents sont à la recherche d’informations et de solutions pour procéder autrement.

J’ai rencontré de nombreux parents lors des ateliers Montessori que j’ai animés à Koko Cabane. Tous cherchaient le moyen d’apporter une éducation plus respectueuse à leur enfant que celle qu’ils.elles avaient reçue, avec l’intention de permettre plus d’autonomie, d’indépendance et d’épanouissement. 

Initialement, le premier public de Koko Cabane était les enfants. Je souhaitais proposer un lieu d’activités sensorielles en dehors de tout jugement et de recherche de performance. J’ai rapidement constaté toutefois que les enfants ne s’accordaient pas la liberté de non-jugement et de non-performance que j’espérais si les parents ne se l’accordaient pas non plus. J’ai dû réviser ma copie et m’adresser aux parents pour voir les enfants progresser.

Rien de surprenant à cela finalement, car l’éducation n’a rien d’une méthode et l’intention hélas ne suffit pas si elle ne s’incarne pas dans une pratique.

L’éducation est le reflet de notre vie: nos difficultés apparaissent au travers de nos enfants, tout comme nos facilités, nos prises de conscience et nos avancées. Les enfants agissent comme un miroir pour ceux.celles qui veulent bien le voir.

On transmet à son enfant ce que l’on est et vit soi-même. (Cela vaut avant l’adolescence, qui est une période où l’enfant valide ou non l’éducation qu’il.elle a reçue dans les premières années de sa vie).
Quand j’observe et écoute les difficultés que nous rencontrons avec nos enfants, j’entends les adultes se plaindre que les écrans, les réseaux sociaux, la notoriété, l’argent… sont des sujets centraux chez les enfants (après 6 ans, ouf !) Mais peut-on vraiment s’en étonner? Ces sujets sont des sujets centraux de notre société.

Je pense que la société est un supra-parent dès lors que les enfants sont scolarisés. C’est à la fois effrayant et très encourageant. Car à première vue on peut penser que nos valeurs se diluent dans un magma opaque qui nous dépasse, mais c’est en même temps très rassurant car chacun de nous, parents, est une part de la société et contribue à la constituer. Nous sommes chacun acteur.trice, actif.ve ou passif.ve.

Pour transmettre l’autonomie et l’indépendance à son enfant il faut soi-même être autonome et indépendant.e. Pour limiter les conflits avec son enfant, il faut soi-même être en mesure de communiquer sans conflit, pour être entendu.e, il faut soi-même entendre. Tout ce que nous souhaitons pour notre enfant, nous devons nous-mêmes en être l’initiateur.trice, pour montrer la voie et donner les codes que nous estimons justes.

Le mal de notre génération est celui de la légitimité, celui.celle qui « sait » s’accorde toute notre confiance. Quitte à appliquer une méthode les yeux fermés. Notre société nous a habitué.e.s à penser que nous ne savons pas et que nous devons apprendre des autres. Je suis persuadée qu’en matière d’éducation nous avons tous un savoir intérieur auquel nous accédons si l’on parvient à se reconnecter au parent naturel que l’on est, pour la simple et bonne raison que nous avons tous été enfant. 

J’ai la conviction que c’est à cette période de notre vie que se nichent toutes les réponses à nos questions.

Éduquer est une compétence qui s’enclenche naturellement si nous faisons l’effort de retrouver la sensibilité de l’enfant en nous. Le temps d’opposer adultes et enfants est révolu.

Cette réconciliation nécessite un effort incontestablement plus important que de rechercher des réponses formelles dans un livre. Cela suppose une introspection, un nettoyage de ses automatismes et une prise d’indépendance face aux injonctions extérieures.

J’ai choisi d’écrire un programme pour guider chaque parent dans le souvenir de son enfance et du parent qu’il.elle aurait aimé avoir. Car on ne va pas se mentir, on a tous fantasmé un jour un parent idéal malgré l’amour inconditionnel qu’on a pu vouer aux siens. Le but n’est absolument pas de devenir un parent parfait, mais simplement de se rapprocher du souvenir de la version du parent compréhensif dont on rêvait  car ce souvenir est probablement proche de la version du parent dont votre enfant a besoin.