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Montessori: faire le tri

Alors que les marchés du jouet et de l’édition ont surinvesti le “label” Montessori, il devient difficile pour les parents de faire le tri et de distinguer les bons supports des mauvais.

Maria Montessori n’avait pas souhaité protéger son nom, sa méthode et son matériel dans le but de partager généreusement sa philosophie. C’était sans compter sur un marché  pas toujours  scrupuleux et qui s’affranchit parfois des principes essentiels qui définissent un bon support Montessori.

Alors comment faire pour y voir clair? Examinez les intentions, elles ne mentent jamais.

Les intentions des industriels

Les industries du jouet et du livre ont pris d’assaut les pédagogies, dont Montessori, ce qui a pour effet de transformer doucement mais sûrement l’offre. Certains crient au marketing – peut-être – mais finalement, n’est-ce pas au bénéfice des enfants? Certes, on nous abreuve de nouvelles propositions toutes plus prometteuses les unes que les autres, mais il était nécessaire d’améliorer le contenu des jouets et de disposer d’une offre de jeux et de livres mieux pensés. Aujourd’hui, il est facile de trouver des livres et des jeux esthétiques, plus respectueux des besoins de l’enfant. On se détourne du plastique pour revenir aux matières naturelles, on se détourne du futile pour des jouets plus utiles à la construction de l’intelligence, qui permettent de vraies expériences sensorielles.

“L’engouement Montessori” a permis un renouvellement et un questionnement sur le rôle et la place des jouets. Les jouets qui n’ont aucun secret à livrer aux enfants sont inutiles et substituent le désir de possession au désir initial d’expérimentation.

Pourtant nous ne voulons pas réellement apprendre à nos enfants à posséder. En outre, un.e enfant qui se place dans la possession plutôt que dans l’expérience n’est pas nourri à la hauteur de ses besoins. C’est pourquoi il.elle réclame son quota d’expérimentations, ce que nous nommons à tort “caprice”.

Les industries du jouet et du livre ont pour intention de vendre, et c’est tout à fait normal, économiquement parlant. Cela ne donne pas pour autant le droit d’abîmer la belle promesse de la pédagogie Montessori en utilisant à tort et à travers son nom.

Les promesses mal intentionnées

Quelle est donc cette belle “promesse Montessori”? La promesse de la philosophie de Maria Montessori ne pourrait se résumer ici mais si on prend un raccourci en un mot, l’aboutissement final de cette philosophie n’est rien de moins que la Paix. En ce qui concerne le matériel – que l’on retrouve aujourd’hui sous forme d’objets, expériences, ou jouets (bien que ce terme soit dévoyé du fait de la pauvreté de l’offre et des usages, justement) – certains critères méritent d’être rappelés.

Les spécificités d’un “vrai” support Montessori:

  • il est épuré et esthétique,
  • il est sensoriel,
  • il facilite l’acquisition d’un concept ou d’un geste,
  • il a un objectif simple et unique,
  • il permet l’auto-correction,
  • il répond aux sensibilités naturelles des enfants en fonction des étapes de développement

Tous les jeux/jouets/objets/expériences d’inspiration Montessori ne disposant pas de l’ensemble de ces critères et qui ne sont pas conçus en collaboration d’un expert réellement formé ne respectent pas l’essence de la pédagogie Montessori et ne devraient pas utiliser ce “label” car la promesse n’est pas au rendez-vous. La bonne intention non plus.

A la maison

La grande majorité des produits estampillés Montessori ne sont pas des “originaux”, ce qui ne les empêche aucunement de remplir leur fonction. Le matériel originel a été pensé scientifiquement, étalonné, mesuré, pesé et testé dans un but pédagogique au début du 20e siècle, il y a 100 ans, pour prendre place dans des lieux d’accueil pour enfants équivalant à l’école maternelle.

C’est aussi pour cette raison que le matériel originel n’a pas sa place dans nos maisons du 21e siècle.

Non pas qu’il soit désuet, bien au contraire: le matériel Montessori pensé pour nourrir les phases de développement du jeune être humain a une portée universelle et intemporelle puisqu’il a été étudié pour répondre  aux besoins de l’enfant et laisser émerger son “programme” naturel.

Si l’héritage Montessori a sa place dans nos maisons, nous n’avons pas pour autant besoin du matériel originel à cet endroit: inviter les enfants à prendre place dans la famille, participer à la vie qui s’y déroule et jouer, “suffit” à nourrir et éveiller la conscience, le corps et l’esprit. L’école reste à l’école.

Nos intentions de parents

Avec quelle intention achète-t-on un jouet ou un livre qui porterait l’estampille Montessori?

Pour certains, il est important d’apporter des ressources qui nourrissent les besoins naturels de leur enfant, néanmoins, force est de constater que beaucoup de parents sont surtout attirés par les supports promettant les apprentissages dits fondamentaux. (Principalement la lecture).

Il est nécessaire de distinguer l’élan naturel de l’enfant de notre volonté parentale. Si son propre instinct n’a pas orienté naturellement notre enfant vers les codes de notre culture, pourquoi lui imposer de lire des livres pédagogiques, de répéter des sons, toucher des lettres rugueuses ou compter de manière mécanique?

Les supports Montessori ne sont rien d’autre qu’une réponse matérielle sensorielle à une attraction instinctive de l’enfant pour faciliter l’acquisition des concepts de notre culture. C’est seulement en observant l’intérêt des enfants pour l’exploration, les emboîtements, les sons, les symboles (lettres, chiffres) et autres codes, que nous pouvons alors leur tendre les secrets que recèlent ces fabuleux supports.

Le bon usage de la pensée Montessori est d’apprendre à poser les bonnes intentions pour répondre à la bonne promesse. Et comme dans beaucoup d’autres domaines, le bon sens est roi. Jouer est le travail de l’enfant, garantissons simplement la place à la joie, la nature fera le reste.