EntretiensPROGRAMME SOFT PARENT

Mélanie Taravant: en action contre le déterminisme social

Crédit photo: © Delphine Ghosarossian / FTV

Mélanie Taravant est une femme engagée. Maman de 2 enfants, journaliste et présentatrice de l’émission C’est à dire sur France 5, elle a aussi fondé l’association Viens Voir Mon Taf, pour lutter contre le déterminisme social. VVMT met à disposition de jeunes de 3e issu.e.s de l’éducation prioritaire un carnet d’adresses professionnel afin de les aider à trouver le stage de leur rêve. (Si vous ne connaissez pas encore l’association, vous pouvez proposer des stages ici).

Combative sur tous les fronts, Mélanie oeuvre concrètement pour une société meilleure, avec une cohérence exemplaire entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle. Ce que j’aime chez Mélanie, c’est son idéalisme opérationnel: elle ne se contente pas de rêver, elle agit. 

Parce qu’elle s’indigne des inégalités sociales et qu’elle croit au pouvoir de l’éducation, j’ai souhaité la questionner sur le déterminisme social dès la petite enfance, et évoquer avec elle la parentalité.

Bernard Lahire, sociologue français, a enquêté pendant 4 ans sur l’environnement familial et scolaire de 35 enfants issu.e.s de familles de catégories socio-professionnelles différentes. Il a publié le fruit de son étude dans l’ouvrage intitulé “Enfances de classe. De l’inégalité parmi les enfants”, éd. du Seuil. Il explique comment dès l’entrée en maternelle, les enfants, selon leur provenance se construisent différemment sur les plans culturel, intellectuel et moteur.

“Ce que les enfants apprennent, ou pas à la maison, influence leur réussite scolaire. Et creuse les inégalités.” B. Lahire.

La famille est vecteur de déterminisme social, or les efforts consentis pour réduire les inégalités sociales sont essentiellement destinés à l’école plutôt qu’à la parentalité. Pourquoi selon toi n’y a t-il pas plus d’actions pour sensibiliser les parents aux besoins biologiques des enfants aujourd’hui?

Parce que c’est très compliqué de « rentrer » dans la sphère familiale… Comme si c’était de l’ordre du privé… et donc il y a une sorte de lieu commun, une sorte de « vérité » de bon aloi qui fait penser que ce qui se passe dans les familles , ne regarde pas la sphère publique. On part du principe qu’être parent c’est inné! Je ne le crois pas. On peut avoir l’instinct maternelle ou paternel , aimer plus que tout ses petits… mais ça ne veut pas dire qu’on sait naturellement tout faire comme parent. Et il n’y a aucune honte , au contraire, de reconnaître qu’on ne sait pas faire ! Être un bon papa ou une bonne maman (si tant est que ce soit possible !) ça s’apprend.  

Je rêverais de cours de parentalité bienveillante  proposés dans les maternités . J’irai même plus loin: dans l’idéal j’imposerai des ateliers «BA.BA sur l’éducation» (pas d’écran avant 3 ans, utiliser un langage adulte et pas bêtifiant même avec un bébé , pas de fessées, jamais, même une mini tape sur la main : en expliquant : « vos enfants sont dans le mimétisme . Si vous les tapez, comment leur expliquer ensuite que c’est mal de maltraiter autrui? »…) Je pense que cela aurait un vrai impact sur la société petit à petit …

Quand on parle d’éducation, l’école et la scolarité polarisent immédiatement les débats, même chez les parents: les notes, les devoirs, les études… Pourtant l’éducation dépasse de loin le sujet des apprentissages scolaires. Pourquoi selon toi la parentalité a-t-elle pris une place si minoritaire dans l’éducation?  

Parce que l’on confond “éducation” et “instruction”. On attend de l’école qu’elle éduque nos enfants mais il revient avant tout aux parents de s’emparer de cela. L’école peut compléter, instruire , apporter les  apprentissages essentiels au développement du cerveau , des compétences linguistiques , etc .

Par ailleurs , les notes , les classements , rassurent surtout ceux qui les créent … cela permet de faire des statistiques, de comparer, de vérifier que les formations sont adéquates , que les petits français sont accompagnés comme il faut … D’ailleurs le sont-ils? (Au vu des piètres résultats des classements type «pisa » on peut en douter sérieusement…). Fondamentalement, le système normé existe moins pour les enfants que pour valoriser le « système éducatif ». 

La parentalité serait-elle un sujet tabou?

Non, le sujet de la parentalité est de plus en plus présent dans notre société. Les nouvelles formes de parentalité nous obligent à ouvrir nos écoutilles et notre champ de vision! Familles monoparentales, homoparentales, etc…   Heureusement que cela bouge ! Il y a encore évidement beaucoup de chemin à parcourir, mais le sujet me semble plus que jamais présent à tous les niveaux de la société.

Que crois-tu qu’il soit possible de faire pour redonner de l’importance à la mission parentale?

Le congé paternité est un bon début. C’est une des façons d’inclure davantage les pères pour leur permettre de vivre pleinement leur rôle auprès de leurs enfants. Leur donner toute la place et surtout la même que celle dédiée aux mères est le BA.BA pour qu’ils investissent la fonction.

Également , les lieux de rencontre et d’échanges entre parents me semblent une très bonne façon de créer du lien, de la réflexion autour de la parentalité. Remettre au centre les questions concernant l’éducation et la bienveillance. Il faut des lieux pour répondre ax parents qui se sentent perdus, ou tout simplement qui ont des doutes. Un papa ou une maman qui se questionne ne devrait jamais rester sans réponse… C’est comme ça qu’on apprend à être parent. En communiquant. En s’interrogeant. En doutant.

Quelle mission parentale te donnes-tu pour tes enfants?

Que mes enfants deviennent des adultes bienveillants et bien dans leurs baskets ! Si je remplis ces deux objectifs, j’aurai relevé le défi!  

Ma mission aujourd’hui est de les protéger en leur apprenant à faire seul. Ça peut paraître paradoxal mais c’est très lié. En leur apprenant à être autonomes, satisfaits de leurs actions, je les aide à devenir des petits d’homme apaisés et bien ancrés dans le sol et dans leur vie.  Je les accompagne dans la vie pour qu’ils se lancent du bon pied en leur apprenant… à faire sans moi !  En revanche pour les câlins et les énormes bisous, là, je suis toujours là !