EntretiensPROGRAMME SOFT PARENT

Lili Barbery-Coulon: une parentalité sublimée par l’amour de soi

Son livre La réconciliation, éd.Marabout, est un pavé dans la mare de l’établi. Bien loin de l’impudeur, la mise à nu de Lili libère. Elle lève le voile sur des maux individuels banals en apparence – ce que l’on appelle communément des “complexes” – laissés par l’empreinte d’une culture construite sur le jugement, les apparences et la performance. Son témoignage généreux est un audacieux refus du cynisme. J’y ai vu un lien fort avec la parentalité: comment entamer une déséducation, apprendre à s’aimer soi et transmettre l’estime de soi à son enfant. Pour qu’il n’y ait plus besoin de réconciliations. Lili répond ici à mes questions avec une sincérité déconcertante.

Dans ton livre, tu cites Olivier Roellinger qui a eu cette phrase: “Je me suis fait une promesse: ne jamais desserer la main de l’enfant que j’ai été.” 
Te sens-tu connectée à l’enfant que tu étais?

De plus en plus. Je me suis aperçue en septembre dernier, juste avant que le livre La Réconciliation ne sorte que ce n’était pas vraiment le cas. J’ai pourtant fait un gros travail sur moi mais je ne me connectais jamais à la petite fille que j’ai été. J’ai même effacé son prénom puisque je suis née Lisa et mon histoire professionnelle m’a détourné de cette identité. J’ai commencé à m’appeler Lili un peu « par hasard » lorsque j’ai commencé à travailler dans la mode. Ce n’était pas mon désir mais ça m’a bien plu. C’était un moyen tacite de m’éloigner de mon enfance, de ma famille, de mon histoire. J’ai continué à interroger tous ces thèmes à travers l’analyse et les psychothérapies en tout genre. Finalement, il m’aura fallu 43 ans pour réaliser que je ne cultivais plus aucun lien avec la petite Lisa que j’ai été. Alors, j’ai beaucoup médité avec elle, j’ai joué avec elle à l’aide de méditation et de visualisation puissantes pendant une quarantaine de jours d’affilée. Et j’ai commencé à me réapproprier mon prénom. Ceux qui me connaissent sous le surnom de Lili continuent à m’appeler Lili, bien sûr, et je n’ai aucun problème avec ça. J’aime beaucoup ce surnom. Mais la vibration de Lisa est différente et l’entendre à nouveau provoque quelque chose en moi: le début d’une autre réconciliation.

Penses-tu que cette reconnexion à l’enfant que tu étais t’aide dans ta mission parentale?

Bien sûr, c’est essentiel. Nos enfants sont les premiers à bénéficier de nos guérisons.

Tu laisses une grande place à l’intuition dans ta vie désormais, en fais-tu de même dans l’éducation de ta fille?

Oui. En fait, je n’ai pas fondamentalement changé. Je suis toujours pleine de failles. Ce n’est pas parce que je fais du yoga que je me suis transformée en ange, que je ne ressens jamais de colère et que je garde toujours mon calme. Ce qui a changé en moi c’est ma capacité à observer mon comportement.

Plus ma pratique quotidienne s’intensifie, plus j’acquiers de la distance vis-à-vis de mes pensées et de mes réactions. Traduction: je vois beaucoup plus vite quand je suis à côté de la plaque avec ma fille. Cela me permet de tout de suite en parler avec elle, de rectifier le tir, de changer de chemin, de ne pas rester dans le piège de la répétition. Lorsque je traverse une difficulté avec elle, mon intuition m’aide énormément à avoir de la clairvoyance. Les enfants sont nos plus grands enseignants. Ils nous montrent un miroir grossissant de ce que nous n’avons pas encore résolu. 

Est-ce que devenir parent a influencé ton processus de réconciliation?

Absolument. Et dès les premières semaines de ma grossesse. La savoir au creux de mon ventre m’a poussée à prendre soin de mon corps comme je ne l’avais jamais fait avant. J’étais tellement déconnectée de mon corps avant ça. Ce n’était qu’une lutte permanente pour rester mince, musclée, ne pas trop grossir; être enceinte m’a permis d’écouter ma voix intérieure. Je recevais une guidance claire et précise quand j’étais enceinte. Je n’utilisais pas ces mots alors car je ne croyais en rien, ni en Dieu, en l’existence des âmes, ni en les esprits, mais je ne pouvais pas nier que j’étais ultra-intuitive. J’ai perdu cette connexion avec mon corps après la fin de l’allaitement. Je l’ai retrouvée plusieurs années plus tard dans un cours de kundalini yoga.

A 40 ans, tu as souhaité abolir tes croyances limitantes, luttes-tu contre celles de ta fille?  

Je n’ai pas souhaité abandonner ou abolir quoi que ce soit. J’étais malheureuse. je souffrais mais je ne savais pas de quoi. Je me suis aperçue au fil de ma quête que je me sentais empêchée par un grand nombre de comparaisons et de jugements permanents de moi-même. Ces voix négatives ont fini par m’user: je m’auto-saoulais de jouer éternellement la même rengaine mentale.

Prendre conscience que je prenais mes décisions selon un système de croyances collectives ou familiales que j’avais si bien absorbées que je pensais avoir fait miennes a tout changé. J’ai commencé à m’alléger. A tous les sens du terme. Cela a forcément dû avoir un impact sur ma fille. Néanmoins cela ne l’empêche pas de subir les assauts des croyances limitantes diffusées à l’école, dans les médias ou malgré nous, au sein de notre famille. Elle est certes libérée de certaines croyances sexistes comme « une fille ne peut pas faire ce métier » mais elle est soumise à de nouveaux programmes très répandus comme « la planète va disparaître et les humains avec ». Je ne suis pas du tout climato-sceptique, bien au contraire, je suis très active sur le plan écologique, ce qui n’a pas toujours été le cas. Mais permettre aux enfants et aux adultes de reprendre leur pouvoir d’action ne peut pas fonctionner sur une base de culpabilité. Je le dis tout en sachant que c’est très difficile de ne pas utiliser la carte alarmiste. La clé du changement durable est de montrer que cela nous fait du bien de nous mettre en mouvement, plutôt que de le vivre comme une contrainte. Avec les enfants c’est pareil: si on les fait agir avec l’énergie de la peur, on ne leur permet pas de déployer leur créativité et leur potentiel d’action. Mais bon, plus facile à écrire qu’à faire 🙂

Transmets-tu la spiritualité à ta fille?

Oui c’est très important pour moi. La spiritualité n’est pas extérieure à nous mêmes. C’est notre nature profonde. Le problème est ce que l’on veut dire par spiritualité. Pour beaucoup, ce mot fait peur. On l’associe à la religion, au communautarisme, aux sectes.

Pourtant, faire l’expérience qu’on n’est pas juste un corps physique, qu’il y a bien plus à percevoir que ce que la vue, l’ouïe, le toucher, l’odorat ou le goût ont à nous offrir sont de magnifiques cadeaux pour l’avenir. Je partage avec elle des mantras, des visualisations, des méditations de temps en temps. Elle est sensible à mes pratiques et me questionne même si tout cela reste assez mystérieux pour elle.

Pour moi, l’essentiel est de cultiver sa capacité à voir tous les trésors qu’elle porte en elle et qui ne sont pas mis sous condition de la validation des autres. Il m’est déjà arrivé de lui montrer des rituels pour se débarrasser de ses peurs, d’en partager avec elle. Elle est très sensible aux cycles lunaires, elle est toujours la première à surveiller les étoiles à la maison. Pour moi c’est très important: c’est un moyen simple de se souvenir qu’on fait partie d’un grand tout, de l’Univers tout entier.